Serge Kaganski

Serge Kaganski décide d’attendre le Festival de Cannes 1959 (un grand cru, Les Quatre Cents Coups, Hiroshima mon amour…) pour pousser ses premiers vagissements le 19 mai de cette année-là. Issu d’une famille importante des industries techniques et d’une mère intellectuelle, marxiste et cinéphile, il grandit dans un environnement sensible à la politique et à la culture. Le soir où sa mère l’emmène voir 2001 : l’Odyssée de l’espace est une date marquante de son apprentissage : à l’âge de onze ans, il sent confusément que le cinéma n’est pas qu’une simple distraction du samedi soir ou du dimanche après-midi, mais un monde à explorer avec tous ses sens, tout son esprit, toutes ses facultés intellectuelles. Destiné à faire de grandes études et à reprendre le flambeau paternel, il préfère néanmoins le dilettantisme au travail, le rock et le cinéma aux grandes écoles. Après avoir fait malgré tout de bonnes études de droit et de sciences politiques, après avoir malgré tout travaillé quelques années avec son père, il a la chance de faire de bonnes rencontres et d’appartenir au petit groupe qui fonde le magazine Les Inrockuptibles. Conçu au départ pour s’amuser quelque temps et profiter gratuitement de l’accès aux disques, aux films et aux concerts, Les Inrockuptibles obtient un succès suffisant pour lui permettre de devenir une SARL de presse — traduction : un journal qui peut faire vivre ses rédacteurs. Serge Kaganski profite de l’aubaine, lâche les affaires familiales pour gagner (moins bien) sa vie à voir des films et des concerts, à rencontrer les artistes qu’il admire, à discuter sans fin avec ses copains-collègues de bureau (discussions qui ressemblent à un genre de Masque et la Plume sauvage et quotidien). Les Inrockuptibles devenant hebdomadaire, le magazine se fait mieux remarquer dans les cercles culturels et médiatiques et, veinard, Serge Kaganski profite de nouvelles aubaines, dont celle-ci, la plus prestigieuse : il est appelé un beau jour d’avril 1995 par Jérôme Garcin pour participer au Masque et la Plume. Une chance, un honneur, régulièrement renouvelés jusqu’au mois d’octobre 2004, lorsqu’un événement familial le réclame ailleurs. Après quinze années de diversion, Serge Kaganski est rattrapé par son passé. Désormais, il fréquente plus souvent des avocats, des notaires et des gens d’affaires que des cinéastes ou des actrices, ce qui n’est pas un gain, chacun en conviendra aisément. Il espère se tirer au plus vite de cette mauvaise passe pour revenir pleinement vers ses ludiques activités journalistiques et, pourquoi pas récupérer un jour son siège du Masque et la Plume, transmis de bonne grâce à l’excellent Jean-Marc Lalanne. A l’heure de rédiger ces lignes (juin 2005), Serge Kaganski est étonné de se surprendre à être très nostalgique de ses empoignades avec Alain Riou ou Michel Ciment : il ne saurait mieux dire son indéfectible attachement au Masque.

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