
Jean-Pierre Guéno évoque Paroles du Jour J
Soixante ans... Il était temps de sortir de la légende, de ce jour J tel que le raconte "Le Jour le plus long", le film de Darryl Zanuck qui fait du débarquement une sorte d’opéra bouffe. Déjà le travail de Steven Spielberg avec "Il faut sauver le soldat Ryan" et sa série "Band of Brothers" a commencé à rétablir la vérité : le débarquement a été une effroyable boucherie et, surtout, il ne s’est pas limité au jour J.
Dans les semaines qui ont suivi le 6 juin, la bataille de Normandie a fait près de 20 000 morts chez les civiles et plus de 150 000 entre les Alliés et les Allemands. Il suffit d’aller dans les cimetières militaires de Normandie pour comprendre.
Mais s’il avait voulu être vraiment réaliste, Spielberg aurait du prendre des acteurs âgés d’à peine 20 ans. Voilà ce que l’on n’ose jamais dire : les adultes font faire la guerre à des gosses, à des enfants auxquels on dans uen entreprise on demanderait à peine de faire des photocopies ! C’est tout l’intérêt de publier des correspondances écrites en pleine action par ceux-là mêmes qui la vivent. A qui écrivent ces soldats ? A leur maman plus qu’à leur petite amie. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des gamins. Pour être là ce jour là beaucoup ont du prendr la décision de quitter leur famille à l’âge où ils se rasaient à peine. On ne peut pas tricher avec des lettres. Ceux qui racontent, ce ne sont pas les vétérans que les télévisions s’arracheront pour la commémoration. C’est ceux qui avaient 18 ans lorsqu’ils ont mis le pied sur la plage d’Omaha. Ce décalage m’avait déjà frappé avec Paroles de poilus. Mais avec Parole du jour J, je me suis senti encore plus d’empathie. Parce qu’il s’agit d’une guerre moderne avec des tanks, des avions. D’une guerre, qui, comme celle du Vietnam ou de Bosnie, prend au piège les civils. Une guerre que nos générations pourraient vivre. Une grande partie du livre est d’ailleurs consacrée à ces civils qui meurent sous les bombes.
Paroles de poilus avait réveillé le souvenir de la Grande Guerre. J’espère que Paroles du jour J fera définitivement sortir la Libération de l’image d’Epinal.
Jean-Pierre Guéno



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