
Le journal de ma sortie par Denis Robert (2)
Voilà, bientôt trois semaines que les livres sont chez les marchants de livres. D’après ce que j’ai compris, les ventes sont bonnes. Pas merveilleuses, mais bonnes. Le "bonheur" part à une trentaine d’exemplaires par jour. "Révolte.com" davantage, sans que je sache exactement combien parce que la mise en place a été beaucoup plus importante (12000 contre 3000). Ce verdict des chiffres est intéressant. Pas fondamental, mais important. Laurent m’a parlé de braise. Si les ventes étaient nulles, cela signifierait que le livre est foutu. Pas de braise, pas de flamme.Là, il y a du mouvement. Ca signifie que le bouche à oreille fonctionne,qu’un incendie est toujours possible. Pour cela, il faudrait que quelqu’un souffle sur les braises.Cela pourrait être le rôle de la critique. De ce côté, c’est plutôt la merde. Je m’y attendais, mais à ce point.
Ca a commençé en début de semaine chez Paris Première, où les trois chroniqueurs de service (des types plutôt bien quand ils écrivent dans leurs journaux) me font penser aux mecs chargés dans les boites de vérifier le look des candidats à l’entrée. Lapidaire.Com. Tapis rouge pour Guillaume Durand et Vivian Forrester. "Révolte.com" ? Mouais... L’un a dit que ce que j’écrivais était "infantile et poignant", l’autre que j’hésitais entre "le style Plénel et le style Angot", le troisiéme que "mon titre était formidable et que le livre ressemblait à du Pierre Carles littéraire". Ca m’a fait chier d’entendre ces conneries, juste avant de passer à table, et puis après j’ai pensé à autre chose. Le lendemain, j’ai reçu cinq ou six lettres plutôt gentilles (dont une de Pierre Bourdieu sur "révolte", une autre de Michel Field sur le" bonheur"). Aussi des appels de copains journalistes. Libé, Télérama, Canal.Rien que des compliments sur le style, le courage, etc... Moi, j’entends et je fais "ouais, ouais". Passons à autre chose.
J’en avais un peu marre qu’on me demande à moi pourquoi y avait encore rien dans les inrockuptibles (les gens,les lecteurs, étaient habitués à les voir réagir à mes autres bouquins). Là, que dalle ! Je leur ai écrit pour râler un peu. Je sais que ça ne se fait pas, mais bon... J’ai compris qu’ils n’aimaient pas, rapport à "ma position". Dans mes autres livres, j’étais plus en retrait. Là, je serais "trop dedans". Là, la révolte apparaît "facile" : "Une pétition de principe de la part du narrateur s’appuyant sur peu de choses". J’ai enregistré. J’aurais aimé qu’ils l’écrivent. Je préfère les critiques négatives à l’absence de critique.
Après, c’est un journaliste du Nouvel Obs qui m’a appelé pour me dire tout le bien qu’il pensait de ça, puis un autre du Républicain Lorrain, puis un autre de la télévision. A la fin de la journée, j’en avais vraiment marre de tous ses journalistes qui aimaient mon livre en cachette des autres. Sinon, dans un monde idéal, un livre devrait vivre sa vie de livre, sans se soucier du regard des autres. Dans un monde idéal, ouais.



Print
