Métro, 07/03/2013

Xavier Monnier : "Marseille ne sera jamais une ville normale" POLITIQUE - Journaliste à Bakchich, Xavier Monnier raconte dans "Marseille Ma ville (Portrait non autorisé)", en librairie ce jeudi, les travers politiques et sociaux de la cité phocéenne. Un livre sans concession qui résonne comme une "prise de conscience".

Propos recueillis par Eric Miguet

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre sur Marseille ? L’envie d’expliquer tout l’amour, l’agacement mais aussi l’espoir que j’ai pour cette ville. Marseille est géniale même si on ne peut pas cacher que certaines choses vont mal.

Comme l’affaire des subventions publics détournées que vous détaillez dans les quartiers Nord. A-t-il été difficile d’enquêter sur ce système ? Je suis un minot des quartiers Sud. Je ne connaissais pas les quartiers Nord. Alors je suis allé sur place pour demander aux gens ce qu’il s’y passe. Ils étaient ravis de m’expliquer qu’ils en avaient assez du système clientéliste et qu’ils avaient une réelle envie de développer leur quartier.

Et avec les politiques ? On imagine facilement que ce ne fut pas aussi simple ? Evidemment, ils n’avaient pas envie de me parler. Mais après j’ai sonné aux portes et attendu. C’est marrant avec les frères Guérini (Jean-Noël et Alexandre). Quand l’un voulait me parler, l’autre ne voulait plus. Le plus compliqué, c’est de ne pas lâcher le morceau.

Résultat, vous n’êtes pas très tendres avec eux. A vous lire, c’est un peu "Tous pourris"… Non, il y en a qui sont très bien. Les jeunes dans les quartiers, ce sont un peu des jeunes politiques et ils ont une véritable envie de s’en sortir, de faire des choses pour leur ville. Ce qui n’est pas le cas pour tous.

C’est-à-dire ? Dans les médias et dans les discours politique, il y a une sorte de renoncement. Quand Samia Ghali propose l’armée dans les quartiers, elle propose quand même le retour de l’Etat martial, c’est une forme de renoncement. Si les hommes politiques ne savent pas comment faire, il faut abandonner les mandats.

Et pour les autres ? On est à un an des municipales, tout le monde est candidat, mais il n’y a pas de projets. Par exemple, dans les quartiers Nord, on dit qu’il faut plus de flics, mais ce ne sont pas eux qui créent l’emploi. Il ne faut pas inverser les conséquences et les causes. Le sous-développement amène à la criminalité, à l’économie souterraine, au trafic de drogue et au règlement de comptes. Ce n’est pas sorcier comme raisonnement.

Y-a-t-il quand même de l’espoir ? Marseille ne sera jamais une ville normale. Mais il faut arrêter de croire qu’on est condamné aux magouilles. On a tout pour se développer. J’espère qu’à ma petite échelle, ce livre permettra peut-être une prise de conscience.

Marseille Ma ville (Portrait non autorisé). Editions des Arènes. 19,80 euros

    Version imprimable de cet article Print envoyer l'article par mail Ajouter à votre marque-pages en ligne

Livres
dans le même
univers