L’Histoire, mars 2013

DANS L’ENFER DU BAGNE
Lors de la répression de la Commune, les condamnés des conseils de guerre encouraient (hors la mort) la déportation (peine politique) ou la transportation (condamnation aux travaux forcés), toutes deux à accomplir en Nouvelle-Calédonie - depuis l’interruption des convois de condamnés métropolitains vers la Guyane, entre 1867 et 1887.

Parmi ceux qui eurent à subir leur exil au milieu des droit-commun (251 contre 3 147 à la déportation simple et 1 169 à la déportation dans une enceinte fortifiée) figure Alexis Trinquet qui, l’un des premiers à quitter la France (16 novembre 1871), fut l’un des derniers à y revenir (janvier 1881).

Neuf années qu’il restitua dans un manuscrit composé d’un grand cahier pour les deux tiers du récit, de quelques feuilles volantes et d’un petit cahier fabriqué avec des formulaires de l’administration pénitentiaire cousus ensemble.

Le tout conservé aux archives du PCF dans le fonds Camélinat et aujourd’hui publié et présenté par Bruno Fuligni.

Ce récit est celui d’un farouche républicain, vivant et militant dans la haine des trônes et de l’Église, un cordonnier de Belleville, honnête et travailleur, remarqué par Henri Rochefort qui l’associe à l’administration de son journal La Marseillaise en 1870. Tout pour faire un insurgé de la Commune, soupçonné d’avoir fait fusiller un sergent de ville et pour cela à être condamné aux travaux forcés à perpétuité, peine à subir au pénitencier de l’île Nou, au milieu de la « foule hideuse » des forçats ordinaires. Pendant ses années de bagne, il découvre, décrit et dénonce la brutalité des surveillants militaires, l’avilissement des transportés de droit commun et l’absurdité du système.

Il tente une évasion, échoue, travaille à différentes tâches et parvient, parfois, à se faire entendre de l’administration pénitentiaire. La force et l’intérêt de ce témoignage (à mettre en regard des Souvenirs du bagne de l’anarchiste Liard-Courtois - réédité en 2005 - parti, lui, pour la Guyane de 1895 à 1900) sont aussi de souligner la place des condamnés politiques dans l’histoire des bagnes coloniaux.


Dans l’enfer du bagne. Mémoires d’un transporté de la Commune, par Alexis Trinquet, présenté par Bruno Fuligni, Les Arènes, 2013, 277 p., 17 euros.

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