Ouest France, 09/02/2013

TOUT VA MAL, ESSAYONS L’OPTIMISME

« Vous pouvez me donner des raisons d’être optimiste, en ce moment ? » Lancez la question au café ou sur Twitter, les réponses seront... prudentes.

« La fin du monde est passée et on va vers le beau temps : à part ça, j’vois pas », dit l’une.
« Les jours rallongent, Christian Clavier, parti à Londres, ne manque à personne », avance un autre, ajoutant que si les gens positivent encore pour leur avenir personnel, collectivement, c’est la cata.

C’est vrai, si l’on en croit un récent sondage Ipsos pour Le Monde, sur le moral des Français. De tous les pays touchés par la crise, le nôtre semble le plus enkysté dans le pessimisme, le plus sûr de sa dégringolade.

Et parallèlement, on n’a jamais vu autant de livres sur l’optimisme et le bonheur dans les librairies.

- « Un phénomène éditorial », reconnaît Laurence Corona, des éditions Les Arènes, qui publieront bientôt 101 raisons d’être optimiste et de croire en demain, de l’homme politique et écrivain Eduardo Punset, « l’Espagnol qui a le plus d’amis sur Facebook ».

Eh oui, on se fait beaucoup d’amis en adoptant une attitude optimiste, comme dirait Philippe Gabilliet. Son Éloge de l’optimisme a été vendu à 10 300 exemplaires en deux ans, par les éditions Saint-Simon. L’homme (imaginez un Jean-Pierre Bacri pétaradant de joie de vivre) répète de conférence en conférence que l’optimisme, « ça se travaille. En s’obstinant sur ses points forts, en se montrant curieux de tous les territoires de la vie. On y gagne amis, chance et réussite ». Un tabac.

Que se passe-t-il ? Effet de mode, ou reflet d’un mouvement de fond sincère ?
Après tout, l’optimisme serait génétiquement inscrit dans nos gênes, selon la thèse récente de Tali Sharot, chercheuse en psychologie et neurosciences à l’université de Londres... On le savait depuis Voltaire, « être heureux, c’est bon pour la santé ». Elle le confirme et rien que ça, ça donne envie de souscrire...

« Une étude menée sur cinquante ans auprès de 1 000 individus en bonne santé a mis en évidence un risque de mort prématurée plus élevé chez les pessimistes que chez les optimistes. L’optimisme générant de l’espoir et nous poussant en avant, parfois même jusqu’à la faute », la chercheuse invite à l’adopter sous une forme « modérée et rationnelle ».

« Être heureux, c’est bon pour la santé »

Tout comme Luc Simonet, qui observe tout ça avec sympathie, du malicieux royaume de Belgique. « Si phénomène de mode il y a, à tout prendre, je préfère ça au marché de la drogue ! »

Cet ancien avocat fiscaliste n’est pas étranger au courant de positivisme soufflé par l’édition. Créateur de la Ligue des optimistes sans frontières, il anime le lobbying depuis Bruxelles, « avec ses petits moyens ». C’est-à-dire un site Internet (optimistan.org) sur lequel sont mises en avant des initiatives « enthousiasmantes » dans les domaines de l’économie, l’éducation, la politique ou l’environnement. Sa lettre hebdomadaire arrose 15 000 abonnés, « dont Mario Draghi et José Manuel Barroso », présidents de la Banque centrale et de la Commission européennes.

Pour contaminer « les puissants » et les autres, il s’appuie sur un réseau d’intellectuels. En France : les écrivains d’Ormesson, Orsenna, Guenassia, le moine bouddhiste Matthieu Ricard, les scientifiques Albert Jacquard ou Philippe Bobola...

« La crise économique et financière contribue grandement à mon optimisme, affirme ce gentil provocateur. Elle était aussi urgente qu’indispensable. À suivre l’Occident et sa façon de consommer, la vie sur Terre ne sera bientôt plus possible. Nous avons le devoir de proposer un nouveau modèle. »

À leur façon, des « non-affiliés », comme le sociologue Michel Maffesoli ou le philosophe Michel Serres, le suivent, quand ils voient ou appellent les jeunes à « réinventer une manière de vivre ensemble, de nouvelles solidarités ».

Dans son dernier livre, Petite Poucette, Michel Serres voit d’un bon oeil poindre « une troisième révolution » avec l’arrivée des nouvelles technologies dans nos vies. Du même ordre que celles constituées par « le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé ».

L’Espagnol Eduardo Punset compare carrément la richesse « sociale, émotionnelle et globale » engendrée par les réseaux sociaux « à celle que la route de la Soie a apportée à Rome ».

Quant à la râleuse France, « elle a des atouts », répète l’économiste Jean-Hervé Lorenzi, fer de lance, avant la présidentielle, de tousoptimistes.com. Le fait est que son site s’est assoupi depuis. Mais « quoi qu’il arrive, estimait-il encore récemment dans nos colonnes, en évoquant la bonne santé de notre démographie, nous resterons entre la 5e et la 8e puissance mondiale ».

Et puis, c’est bien vrai que les jours commencent à rallonger...

Pascale VERGEREAU.
Article à retrouver sur le site de sudouest.fr

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