
Dans l’enfer du bagne
Mémoires d’un transporté de la commune
Bruno Fuligni, Alexis Trinquet
Texte présenté par Bruno Fuligni
Bruno Fuligni, qui a découvert ce texte, en donne ici la transcription complète, enrichie de nombreuses notes, d’illustrations et d’un lexique de l’argot employé au bagne de la Nouvelle-Calédonie. À partir des archives policières et coloniales, il a pu reconstituer l’étonnant destin d’Alexis Trinquet.
Lexique du bagne néo-calédonien (extraits)
Mélange d’argot parisien, de termes de marine, d’emprunts aux
langues mélanésiennes, d’anglicismes et d’inventions locales, un
vocabulaire particulier était employé au bagne de la Nouvelle-
Calédonie : on en trouvera les rudiments dans le présent lexique.
Les mots suivis de l’astérisque* sont utilisés dans son récit par
Alexis Trinquet.
Accouplement*
N. m. – Punition consistant à enchaîner
deux bagnards l’un à l’autre. « Ce
bruit était occasionné par les chaînes
que portent les forçats et qui, par suite
du mouvement des hommes, font un
cliquetis infernal, surtout quand les
deux cents hommes qui sont dans
cette salle vont et viennent, le tapage
est indescriptible. Car ces malheureux
sont enchaînés deux à deux, cela
s’appelle : l’accouplement – être en
couple. » (Alexis Trinquet, Mémoires
d’un transporté de la Commune, 1879)
Bon à peau
Loc. – Bon à rien, c’est-à-dire à « peau
de balle ». L’expression est toujours
utilisée en Nouvelle-Calédonie
Crapaudine
N. f. – Punition consistant à saucissonner
un condamné.
Pantriau
N. m. – Condamné faible et dominé,
proie des draguignans et des tierces.
Ce mot dérive de « pantre », qui
désigne péjorativement un paysan ou
un naïf en argot métropolitain.
Pive
N. m. – Le vin. Ce mot d’argot métropolitain
est synonyme de « pinard »,
c’est-à-dire de « pomme de pin », celleci
évoquant la forme d’une grappe de
raisin.
Queue de rat
Loc. – Tabatière taillée dans l’extrémité
d’une corne de boeuf. « D’après le procès-
verbal, on avait pris 283 francs 75,
en pièces de cent sous et en monnaie
divisionnaire ; une montre en argent ; et
une tabatière en corne, dite ‘‘queue de
rat’’. » (Georges Baudoux,
L’Expiation,
1935)
Vivre en gamelle*
Loc. – Vivre en commun, en mutualisant
les ressources et la préparation
des repas. « Comme nous avions
convenu avant le départ de l’île Nou
avec Dacosta, Giffault, Fortin, Vinot et
quelques autres de vivre en ‘‘gamelle’’,
nous cherchâmes des logements voisins
les uns des autres. » (Alexis Trinquet,
Mémoires d’un transporté de
la Commune, 1879) On disait aussi :
Vivre en popote, car la gamelle, au sens
strict, était le repas des surveillants.
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