Ouest France, 13/05/2012
« Résistez, frustrez, éduquez ! »
Didier Pleux, docteur en psychologie, a préfacé
"Nos enfants ne sont pas à vendre"
Les Arènes. 21 euros 50.
Nos enfants ne sont pas à vendre.
Le titre du livre du Canadien Joel Bakan la joue volontairement provoc’. Mais, pour le psychologue français Didier Pleux, l’injonction est sensée. C’est pour cela qu’il a préfacé l’ouvrage.
« Quand j’ai lu ce travail, très fouillé, du pouvoir du marketing sur les enfants américains, je me suis dit que, nous aussi, nous en étions victimes. Depuis des années, je dis aux parents, résistez, frustrez, éduquez ! Nous devons contrer les marchands de la société. »
Facile à dire, plus compliqué à vivre au quotidien. Car, comment éloigner les jeunes de cet appel au consommer permanent ?
« En informant, toujours et encore. Dire et répéter que les multinationales sont partout dans l’univers des enfants. Rien n’est gratuit ! Ça me fait rire quand j’entends, par exemple, que Facebook, c’est génial, on ne paye rien. Mais regardez comment les clubs sur les réseaux sociaux peuvent repérer facilement les goûts de chacun. C’est un formidable réservoir d’indicateurs d’humeurs, de modes. »
Oser le discours minoritaire
Autre phénomène qui inquiète le spécialiste, les jeux vidéos : « On nous les présente souvent comme des défouloirs voire des espaces éducatifs. Mais toutes les études le prouvent, l’addiction et ses conséquences sur la motivation, la concentration, sont réelles. On ne cherche qu’à rendre accros nos enfants pour qu’ils consomment toujours plus. »
Didier Pleux s’indigne tout autant du sponsoring déguisé arrivant même dans les écoles :
« On voit des activités parrainées par telle ou telle entreprise, c’est sournois mais de plus en plus courant. »
Au passage, le psychothérapeute n’oublie pas de citer d’autres formes de business lucratif :« L’industrie pharmaceutique se régale de la psychiatrisation des comportements des enfants. Combien de pilules miracles sont administrées par an ?
Un ado a le spleen normal de son âge, et hop, on parle de bipolarité avec des médicaments. Nos enfants ont beaucoup de soucis qu’une écoute et du bon sens pourraient alléger. » L’industrie alimentaire est aussi montrée du doigt :« La malbouffe est encouragée par les entreprises agroalimentaires qui cherchent à séduire en permanence les petits consommateurs. »
Mais n’y a-t-il pas un moment où enfermer un enfant dans la bulle de l’anti-marketing revient à l’isoler du monde ?
« Je sais que c’est difficile mais, parfois, il faut oser avoir un discours minoritaire face à ses enfants. Expliquer, décrypter avec eux. Leur apprendre à résister à l’emprise consumériste et à être rebelle. »
Valérie PARLAN.



Print
