Les Inrockuptibles, 25/04/2012
99 % en 250 pages
Un livre rassemble les écrits de penseurs radicaux et d’activistes américains partie prenante du mouvement Occupy Wall Street.
Analyses et récits d’un ébranlement politique majeur.
Vu de France, le mouvement Occupy Wall Street de l’automne 2011 suscita la surprise : sur la terre d’élection de la finance, il était donc possible que des citoyens se rebellent à l’unisson des indignados de Madrid et d’ailleurs. Pourtant, on n’avait peut-être pas mesuré combien ce mouvement insurrectionnel, plus qu’un simple sursaut citoyen, créa un séisme politique aux Etats-Unis.
"Occuper Wall Street, ça a été comme d’envoyer sa lettre de démission au rêve américain", estime Marco Roth, l’un des fondateurs de la revue littéraire et philosophique n+1, où se croisent chercheurs et militants parmi les plus passionnants du paysage intellectuel américain d’aujourd’hui. L’un des traits les plus singuliers de ce mouvement d’occupation fut précisément d’occuper en même temps l’espace alternatif des médias, à travers des revues comme n+1, mais aussi Dissent, Triple Canopy, The New Inquiry...
De mi-septembre à mi-novembre 2011, de nombreuses revues accompagnèrent la dynamique des contestataires installés au Zuccotti Park, au sud de Manhattan. Les occupants publièrent eux-mêmes des textes et documents réunis dans un livre préfacé par la journaliste de Mediapart Jade Lindgaard. Près de quarante textes, traduits par Laure Motet et Judith Strauser, dessinent les contours de cette gauche américaine qui entend s’émanciper de la toutepuissance du système économique.
"Nous sommes les 99 %" : universitaires, artistes ou étudiants, tous les acteurs de cette occupation se retrouvèrent autour de ce slogan. Comme un écho aux analyses de l’économiste Joseph Stiglitz publiées auparavant dans Vanity Fair sur le scandale des 1 % d’Américains qui touchent un quart des revenus de la nation. Un slogan imparable qui connut le succès après que le site du magazine canadien Adbusters eut lancé un appel, le 13 juillet 2011, invitant à occuper Wall Street, cette "Gomorrhe de la finance américaine".
Des rédacteurs de n+1, dont Carla Blumenkranz, Keith Gessen, Mark Greif, Elizabeth Gumport, à des icônes universitaires comme Judith Butler ou Slavoj Zizek, les complices des indignés de Wall Street posent les bases d’un nouveau mouvement culturel qui excède les frontières d’un parc aujourd’hui déserté, où la vie ne fut d’ailleurs pas toujours simple.
Faire cohabiter plusieurs milliers de contestataires dans un camp autogéré, participatif, soumis à la règle du consensus, fut aussi une aventure humaine parfois tendue, dont certains textes portent la marque. Mais surtout, leurs mots et leurs colères font écho à ceux qui résonnent dans le monde contre un modèle capitaliste à l’agonie.
"Nous nous rassemblons en public, nous nous unissons, corps qui s’allient, dans la rue, sur la place ; nous nous tenons là ensemble, à faire la démocratie, et nous donnons corps à ces mots : ’nous, le peuple’" : l’exclamation de Judith Butler, venue sur place fin octobre, s’applique à d’autres territoires et d’autres moments où se manifesta cette rébellion.
Empruntant les voies complémentaires du récit sur le vif et de l’analyse politique, les textes de ces occupants composent le livre d’or d’une lutte inachevée et dessinent les pistes de son élargissement.
Occupy Wall Street ! - Textes, essais et témoignages des indignés (Les Arènes), 250 pages, 17, 50 €
Jean-Marie Durand



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