Le Figaro, 25/04/2012
Débats
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
LA BATAILLE DE L’EUTHANASIE Enquête sur les 7 affaires qui ont bouleversé la FranceTugdual Derville, Salvator, 240 p., 18, 50 eur
Le débat sur l’euthanasie continue de faire couler beaucoup d’encre.
Deux livres sur le sujet figurent dans la liste des meilleures ventes en ce moment : le témoignage posthume de Marie Deroubaix, et, surtout, celui d’Agnès Lieby, Une larme m’a sauvée (Les Arènes).
Considérée comme morte par les médecins, qui s’apprêtaient à la débrancher alors qu’elle était parfaitement consciente, elle écrit : « Tant qu’on n’est pas mort, on est vivant ! »
Un autre ouvrage mérite d’être signalé, celui de Tugdual Derville : La Bataille de l’euthanasie ne joue pas sur la corde sensible, au contraire. L’auteur, engagé depuis sa jeunesse dans l’accompagnement des personnes handicapées et en fin de vie (voir www.sosfindevie.org) a enquêté sur sept affaires qui ont défrayé la chronique entre 1998 et 2008, alimentant un débat sur la légitimité de tuer « par humanité » et même « par amour ».
Constatant que les enjeux éthiques de ces drames étaient noyés dans l’émotion, il a voulu comprendre ce qui s’était réellement passé et s’est rendu compte que des informations essentielles étaient restées ignorées du public. Il donne par exemple la parole au kiné de Vincent Humbert, qui nie la version donnée par sa mère, Marie, qui a mis fin aux jours de son fils. Il examine aussi le cas de Chantal Sébire, atteinte d’une spectaculaire tumeur au visage, dont on a appris depuis qu’elle avait refusé les traitements et ne voulait pas prendre d’antidouleur autre que du Doliprane.
L’auteur se garde bien de juger ces personnes, mais il pose des questions. Compatir et comprendre qu’elles aient pu poser ces gestes ultimes doit-il conduire à considérer qu’elles ont bien fait ? Si le droit au suicide était reconnu, aurait-on encore le droit de ranimer une personne qui a tenté de mettre fin à ses jours ? Il fait entendre également la voix des milliers de personnes handicapées qui vivent très mal qu’on considère que leur vie ne vaut rien.
Ce livre n’aborde qu’incidemment le débat de fond qui touche à une conception de l’homme, et laisse ainsi le lecteur libre de ses opinions. En revanche, il démontre efficacement à travers ces affaires qui sont des cas d’école de désinformation collective comment on manipule l’opinion en utilisant certains médias qui réagissent à chaud. À cet égard, il rend hommage à la presse écrite qui a souvent permis de rétablir les faits.
Astrid de Larminat



Print
