Compte rendu pour l’AFIS
Notes de lecture publiée dans la revue de l’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique)
Les nouveaux psys
Nicolas Gauvrit
Après le succès du Livre noir de la psychanalyse, le nouvel ouvrage concocté par la même joyeuse équipe trompe par son titre. Que le lecteur ne s’attende pas à lire le tome 2 d’une critique de la psychanalyse. Les nouveaux psys ne sont pas les thérapeutes cognitivistes et comportementaux tant honnis des adorateurs de la cause freudienne, mais des chercheurs de domaines variés — parfois également thérapeutes — à la recherche de la vérité.
Comment se faire une idée de « ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain », comme nous y invite le sous-titre ? Si c’était possible, on choisirait sûrement de par le monde quelques psychologues reconnus, quelques anthropologues, philosophes, des membres de toutes ces disciplines qui forment les sciences cognitives. Si c’était possible, on irait voir les plus fameux, ceux dont l’empreinte a marqué la science contemporaine. On s’inviterait chez eux, ou dans leur bureau, pour une discussion stimulante, et on bavarderait de l’esprit en sirotant une tasse de café.
C’est exactement ce que l’ouvrage dirigé par Catherine Meyer rend possible : dans un style vivant, il nous entraîne chez Chomsky, chez Seligman, chez McClelland ou Loftus. Ces chercheurs que tout étudiant en psychologie connaît, on les voit là , devant soi, en chair et en os, bien vivants et bien humains, qui nous parlent de leur curiosité, de leurs théories, de leurs interrogations aussi. Chaque chapitre est une rencontre avec un homme et un point de vue.
On ressent les plaisirs de la recherche, la passion dévorante, la curiosité insatiable. On déniche parfois l’empreinte, dans une théorie, des préjugés de son auteur, et l’on découvre les raisons historiques de l’émergence de tel ou tel modèle. Ce n’est pas de la science en boîte de conserve : elle est fraîche, elle bouge encore. On est là plongé dans la quête du vrai, au cœur de théories encore discutées. Certaines sont en passe de se fixer, d’autres sans doute disparaîtront.
On voyage autour du monde pour rencontrer le passionnant Frans de Waal, connaisseurs des grands singes. Son explication anthropologique de la chute du communisme et de l’inanité de l’individualisme est accablante. Robert Plomin renverse les idées reçues, en montrant le rôle des gênes dans les comportements. Bien sûr, ça n’est pas politiquement correct, et Plomin en est désolé, mais « [il] croit simplement que la connaissance est une bonne chose », alors il ne mentira pas.
Au total, 37 personnalités dressent le panorama de la psychologie actuelle, passant en revue des thèmes aussi variées que la mémoire, l’intelligence, les thérapies, le fonctionnement neuronal et la philosophie de l’esprit.
Cinq raisons d’adorer, et deux de bouder, Les nouveaux psys
POUR :
1. Un panorama complet de la psychologie vivante.
2. Une remise en cause de quelques idées reçues : la science plutôt que le politiquement correct.
3. Une approche véritablement pluridisciplinaire, où les apports des différents acteurs sont évidents.
4. Cette ambiance de discussion savante qui évoque les « salons », et rend la lecture si agréable.
5. Un « miracle » de la francophonie : il est à peine croyable qu’un livre regroupant des textes des psychologues les plus célèbres au monde puisse paraître directement en français !
CONTRE :
1. Une forme de révérence frisant la génuflexion à l’égard des stars de la science, qui transpire de-ci de-là et pourrait indisposer les démocrates.
2. Toutes les contributions ne sont pas aussi rafraîchissantes ; deux ou trois d’entre elles sont même décevantes.
Les nouveaux psys, ce qu’on sait aujourd’hui de l’esprit humain. Dirigé par Catherine Meyer. Les arènes. 2008.
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