Etre fils du Président présente des avantages, mais n'est pas une position confortable, dans quelque pays que ce soit. Le soupçon du népotisme plane toujours (souvenez vous de Jean-Christophe Mitterrand, bel exemple de dérive). On vient ainsi d'apprendre que le fils du président Hu Jintao est à la tête d'une société fabricant du matériel électronique capable de déceler les explosifs liquides susceptibles d'être utilisés par des apprentis terroristes, un équipement promis à un grand avenir dans les aéroports! La société chinoise Nuctech, liée à l'université de Tsinghua et dirigée par Hu Haifeng, vient de remporter un fabuleux contrat d'équipement de tous les aéroports chinois : à 200000 dollars pièce, ça fait sans doute une belle somme. Et la société détiendrait également 60% du marché mondial de ce type de matériel. Le porte parole de la société dément évidemment que le statut du fils du président joue dans cette affaire, mais le contraire est difficile à imaginer (le nom de Hu Haifeng n'apparait nulle part sur le site de la société). C'est le problème éternel des "fils de", surtout à ce niveau-là...
En Chine, s'y ajoute le poids de l'histoire. On les appelle les "Princes rouges" (titre d'une excellente étude d'Agnès Andresy sur le sujet, parue en 2004) ces fils et filles de dirigeants historiques communistes chinois. La plupart ont essaimé dans les affaires, comme la fille de l'ancien premier ministre Li Peng (oui, celui de Tiananmen) qui dirige un géant de l'énergie côté à la bourse de Hongkong. Peu d'entre eux sont en politique : Bo Xilai, le ministre du commerce et l'homme qui monte, est une des rares exceptions. Son père, Bo Yibo, était un des compagnons de Mao pendant la Longue Marche, un statut au-dessus du lot (étrangement la fiche Wikipedia sur Bo Xilai ne mentionne pas son père, élément-clé de sa biographie...).
Pour revenir à Hu Jintao, il a également une fille, Hu Haiqing, qui a défrayé la chronique il y a quelques années en se mariant, non pas à un "fils de" comme l'aurait voulu la tradition du parti, mais à un millionnaire de l'internet, David Mao (!), détenteur de surcroit d'un passeport américain! L'opinion chinoise n'en sait évidemment rien : l'info est sortie dans le Wall Street Journal et reste taboue en Chine. Mais les lecteurs des bons sites internet le savent, comme ils savent que c'est sous le nom de "Mme Mao" (ça ne s'invente pas) qu'elle est allée à un défilé d'Armani à Shanghaï au printemps dernier... Comme quoi, si certaines choses changent, d'autres moins...