Cinq ans en Chine

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vendredi 16 mars 2007

la contagion sans virus

Remarque pertinente du sinologue François Godement, jeudi soir à la deuxième des conférences de Sciences Po sur l'Asie que j'anime : à propos des chutes des bourses occidentales, il y a deux semaines, en réaction à la baisse (relatve) de celle de Shanghaï, il a souligné le caractère largement psychologique de la panique des marchés, car il y a, de fait, très peu de passerelles entre le marché boursier chinois très fermé et très influencé par "la main invisible de l'Etat" (selon la formule de Godement), et ceux des places financières asiatiques comme Hongkong et Tokyo, et occidentales, beaucoup plus intégrées les unes aux autres. "C'est comme une contagion de la fièvre sans le virus", a-t-il ironisé. Ca promet pour l'avenir si le monde attrape la fièvre chinoise sans raison...

samedi 3 mars 2007

Un Pékinois très ABC

Kaiser Kuo est un des personnages incontournables de la "scène" pékinoise au sens le plus large. Je viens de découvrir qu'il avait lancé son propre blog le mois dernier, un mélange intéressant de commentaires sur la scène musicale chinoise dont il a fait partie, sur la chute de la bourse de Shanghaï, ou sur ses états d'âme d'ABC (american-born Chinese...) vivant à Pékin et marié à une Pékinoise. C'est en anglais (malgré son nom, Ich Bin Ein Beijinger, qui était celui d'une chronique assurée par Kaiser Kuo dans le magazine That's Beijing. Référence directe à Kennedy et son célèbre Ich Bin Ein Berliner...), c'est bien écrit, et ça vaut le détour...
Pour ceux qui fréquentaient déjà le Pékin du début des années 90, le nom de Tang Dynasty évoque assurément quelque chose d'important. Ce groupe de rock heavy metal trônait sur la scène underground de la capitale, mais il a volé en éclat à la suite de la mort de son musicien vedette, mais aussi, nous explique Kaiser Kuo dans son dernier post, à la suite du bombardement de l'ambassade chinoise à Bergrade par des missiles américains en 1998, qui divisa le groupe. Kaiser Kuo, Chinois-Américain, est devenu ce jour-là plus "américain" que chinois aux yeux de ses camarades...
Aujourd'hui, Kaiser Kuo reprend parfois sa guitare -je me souviens de l'avoir croisé, seul avec sa guitare à l'aéroport de Kunming, en revenant d'un festival de rock à 3000 mètres d'altitude...-, mais aujourd'hui il a visiblement un boulot bien plus assis dans le cadre du groupe de com Ogilvy! Du heavy metal à Ogilvy, de ABC à Pékinois, des années 90 aux années 2000, Kaiser Kuo résume à lui seul pas mal de mutations chinoises.

vendredi 15 décembre 2006

Fils de...

Etre fils du Président présente des avantages, mais n'est pas une position confortable, dans quelque pays que ce soit. Le soupçon du népotisme plane toujours (souvenez vous de Jean-Christophe Mitterrand, bel exemple de dérive). On vient ainsi d'apprendre que le fils du président Hu Jintao est à la tête d'une société fabricant du matériel électronique capable de déceler les explosifs liquides susceptibles d'être utilisés par des apprentis terroristes, un équipement promis à un grand avenir dans les aéroports! La société chinoise Nuctech, liée à l'université de Tsinghua et dirigée par Hu Haifeng, vient de remporter un fabuleux contrat d'équipement de tous les aéroports chinois : à 200000 dollars pièce, ça fait sans doute une belle somme. Et la société détiendrait également 60% du marché mondial de ce type de matériel. Le porte parole de la société dément évidemment que le statut du fils du président joue dans cette affaire, mais le contraire est difficile à imaginer (le nom de Hu Haifeng n'apparait nulle part sur le site de la société). C'est le problème éternel des "fils de", surtout à ce niveau-là...
En Chine, s'y ajoute le poids de l'histoire. On les appelle les "Princes rouges" (titre d'une excellente étude d'Agnès Andresy sur le sujet, parue en 2004) ces fils et filles de dirigeants historiques communistes chinois. La plupart ont essaimé dans les affaires, comme la fille de l'ancien premier ministre Li Peng (oui, celui de Tiananmen) qui dirige un géant de l'énergie côté à la bourse de Hongkong. Peu d'entre eux sont en politique : Bo Xilai, le ministre du commerce et l'homme qui monte, est une des rares exceptions. Son père, Bo Yibo, était un des compagnons de Mao pendant la Longue Marche, un statut au-dessus du lot (étrangement la fiche Wikipedia sur Bo Xilai ne mentionne pas son père, élément-clé de sa biographie...).
Pour revenir à Hu Jintao, il a également une fille, Hu Haiqing, qui a défrayé la chronique il y a quelques années en se mariant, non pas à un "fils de" comme l'aurait voulu la tradition du parti, mais à un millionnaire de l'internet, David Mao (!), détenteur de surcroit d'un passeport américain! L'opinion chinoise n'en sait évidemment rien : l'info est sortie dans le Wall Street Journal et reste taboue en Chine. Mais les lecteurs des bons sites internet le savent, comme ils savent que c'est sous le nom de "Mme Mao" (ça ne s'invente pas) qu'elle est allée à un défilé d'Armani à Shanghaï au printemps dernier... Comme quoi, si certaines choses changent, d'autres moins...