Quelle Tartufferie! La France vient de remettre la Légion d'honneur au chef de la censure chinoise! On a peine à y croire, avant de se dire que, après tout, c'est cohérent...
L'affaire remonte au 3 avril, mais n'avait pas été claironnée trop fort par l'ambassade de France en Chine. C'est le site internet Aujourd'huilachine.com qui a découvert cette décoration insensée remise à Long Xinmin, alors Directeur Général de l'Administration générale de la Presse et de la Publication. La révélation de cette cérémonie a aussitôt provoqué la disparition des photos de la cérémonie et du discours de l'ambassadeur de France du site de la Chancellerie... Hélas, la page reste en mémoire et est encore accessible en cliquant ici. Voilà ce qu'on obtient, désormais, lorsqu'on fait une recherche avec le nom de Long Xinmin sur le site de l'ambassade...
L'ambassadeur de France, Hervé Ladsous, avait eu quelque audace, pendant la cérémonie, en déclarant : "une information plurielle, une information fiable, libre d’accès et libre de circuler sont autant d’objectifs pour une réelle liberté d’expression dans un Etat de droit en construction". Mais cette réafirmation des principes s'accompagnait d'un passage de pommade en règle, avec cette phrase étonnante au paragraphe suivant : "Vous avez su concilier votre passion pour les médias avec une carrière au sein du parti". Long Xinmin est membre suppléant du Comité central du Parti Communiste Chinois.
Commentaire du site Aujourd'huilachine.com à propos de M. Long : "C'est en fait lui qui a la responsabilité de la mise en place de la politique d'information voulue par les autorités. Il n'est certes à ce poste que depuis la fin 2005, mais c'est en droit à lui que les journalistes emprisonnés en Chine, ou que les internautes en délicatesse avec la sécurité d'Etat pourraient s'adresser. Il a fait interdire plusieurs publications, dont le populaire supplément du China Youth Daily". C'est ce qui s'appelle concilier une passion pour les médias avec une carrière au PCC...
Une clé de cette décoration est peut-être contenue dans les remerciements qui lui sont adressés pour avoir permis le lancement du magazine Chine Plus. Chine Plus, c'est le dernier né du groupe Hachette, qui a besoin d'avoir beaucoup de guangxi, de relations au sein des autorités, pour sortir ses nombreuses publications.
Quelle qu'ait été l'arrière pensée de cette cérémonie, elle aura tourné court : Long Xinmin a en effet perdu son poste, soupçonné, selon la presse de Hongkong, d'être impliqué dans un "énorme scandale immobilier à Pékin". D'autres sources hongkongaises attribuent son limogeage à son conservatisme excessif... De quoi donner un petit goût encore plus détestable à cette décoration de la honte.