J'ai reçu une étonnante brochure autoéditée, intitulée : "carnet de voyage... en Chine. Au coeur de la plus grande dictature du monde". Un journal tenu par un des Français qui ont participé cette année à un des "échanges de jeunes" décidés lors de la visite en France du premier ministre chinois. 400 jeunes Français en Chine cette année, 400 jeunes Chinois en France l'an prochain.
Le récit de Fabien, qui participait cet automne au voyage des jeunes de la "société civile", est décapant, impertinent, parfois un peu naif à mon goût, mais il a le mérite d'être très personnel, et, au grand dam des organisateurs du voyage, très peu diplomatique et absolument pas politiquement correct. Disons-le tout de suite, Fabien a été conquis par les Chinois, mais pas par le parti communiste chinois, ni, semble-t-il par le Quai d'Orsay et l'UMP... Il s'insurge, dans son récit, contre la farce que représente à ses yeux le concept d'"échange" : il n'y en a pas eu dans un voyage purement formel, et tout le monde ferme les yeux sur ce non-échange. Et sa révolte se transforme en véritable haine lorsque les groupes de jeunes sont trimbalés d'hôtel cinq étoiles en hôtel cinq étoiles, de banquet en banquet, dans une débauche de luxe qui contraste avec la misère que lui laisse entrevoir une visite réglée au milimètre.
Il écrit ainsi à son arrivée à Chongqing : "l'hôtel est encore plus luxueux que tout ce que nous avons vu jusqu'à présent. J'ai exprimé mon dégoût, ma rage, la naisée que tout cela provoquait pour moi à des membres du groupe. (...) On se ment à nous même, on sert l'Etat dans son rôle de parade. J'ai honte de moi et du gentil petit soldat que je suis devenu. On n'est qu'une bande de jeune en démonstration diplomatique". Il se confie à un autre participant : "c'est ça le communisme, ils osent citer Marx dans leur brochure à la con! Je ne dois rien à personne et mon déguisement de riche français venu faire un échange avec les jeunes chinois est un leurre. Il n'y a pas d'échange car il n'y a pas de volonté qu'il y en ait".
Certaines informations sont contestables (d'où sort-il que le groupe Lafarge "appartient à Jean-Marie Le Pen en personne"?), tout comme certains jugements un peu à l'emporte pièce. Mais cette fougue contre ce type d'exercice bidon à caractère purement politique est salutaire. Avec au passage une saine dénonciation des élites françaises qui s'y prètent (on découvre la présence d'un journaliste de Marianne, en vacances, venu aux frais de l'Etat parce qu'il est copain d'un des organisateurs ? Vrai ? Faux ? cher confrère ?...). Paradoxalement, même s'il dénonce l'absence d'échange, il a quand même rencontré quelques Chinois, traducteurs, étudiants, dont il dresse le portrait sympathique, et ses dernières lignes confient qu'"on ne peut que tomber amoureux de ce peuple à l'accueil si naturel et spontané, nul besoin de le forcer"... Sa conclusion reste néanmoins inflexible : "il est de notre rôle politique, humain et idéologique de ne pas prendre part à ces échanges ... économiques". Si on dit que les voyages forment la jeunesse, les échanges de jeunes décidés par Wen Jiabao et Dominique de Villepin ont, cette fois, formé un "dissident"...
MISE A JOUR : magie du web, ce témoignage en a suscité un second, celui de Manu, autre participant à ce voyage, qui s'est décidé à raconter sa perceptio personnelle -en anglais- sur son blog.
photo qui n'a (presque) rien à voir : l'hôtel Hyatt de Shanghaï, immortalisé de manière plus professionnelle, par ailleurs, par le grand photographe allemand Andreas Gursky ci-dessous.