Cinq ans en Chine

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lundi 13 novembre 2006

malade chez Deng

Nous en avons déjà débattu sur l'ancien blog, mais une info du New York Times, ce matin, redonne de l'urgence au sujet de l'accès aux soins, devenu le problème numéro un des Chinois des campagnes. C'est une émeute à Guang'An, dans le Sichuan, après la mort d'un enfant de trois ans qui avait avalé des pesticides, qui a remis le projecteur sur ce problème, devenu crucial depuis que le système de protection sociale rudimentaire mais gratuit de l'ère maoiste a cédé la place à une médecine payante et discriminatoire vis à vis des paysans.
Depuis vingt ans, l'essentiel des dépenses de santé a été fait en direction des villes, et, de l'aveu même du ministre chinois de la santé, plus de la moitié des paysans chinois n'ont pas accès au système de santé, et une partie de ceux qui se font soigner ne vont pas au bout de leur traitement pour des raisons d'argent. C'est un sujet douloureux pour les paysans, comme nous le vivons régulièrement au Ningxia, où notre association Enfants du Ningxia a plusieurs fois aidé des familles face à des obstacle de santé insurmontables (le directeur de l'école primaire de Zhang Jia Shu, le village natal de Ma Yan, vient de perdre sa femme d'un cancer, soigné très tardivement par manque de moyens. Nous l'avons finalement aidé à payer ses soins, même si ce n'est pas la vocation de l'association, car nous avions face à nous un homme défait, accablé par les dettes accumulées pour payer des hopitaux publics devenus des machines à cash corrompues).
Ironie suprême que ne relève étrangement pas Joe Kahn, le correspondant du New York Times : l'émeute qu'il révèle s'est déroulée dans la ville natale de Deng Xiaoping, l'homme qui a initié les réformes libérales à l'origine des progrès, mais aussi des impasses, de la Chine d'aujourd'hui. Une ville où, il y a deux ans, les autorités ont dépensé des milliards pour célébrer le centième anniversaire de la naissance du grand homme (qui n'y avait plus jamais remis les pieds depuis sont départ pour la France à l'age de 16 ans!). Des dépenses au goût amer quand le grand-père de l'enfant mort n'avait pas les moyens de payer les 82 dollars pour soigner son petit-fils, selon l'article.

Les femmes chinoises ... en 1930

Au hasard d'une expo parisienne, sur le magazine français VU qui, dans les années 20 et 30 révolutionna la place de la photo dans la presse, je suis tombé sur un article d'un vieux numéro de cette revue aujourd'hui disparue, intitulé : "l'émancipation de la femme chinoise". On y lit des choses très intéressantes : "dans le domaine des idées, les intellectuels et politiciens chinois pratiquent officiellement nos principes, en vertu desquels ils ont fait leur révolution (celle de 1911, ndt). Actuellement, ils utilisent ces principes surtout contre nous-mêmes en faisant adroitement état de certains contrastes dans notre façon de les appliquer, en Asie et ailleurs". Qu'en de beaux euphémismes ces choses-là sont dites ... et sont encore si actuelles.
Autre remarque dans l'article (en date du 12 mars 1930), si révélatrice de la mentalité de l'époque : l'auteur, qui signe mystérieusement Tang I-Tang, évoque l'apparition du téléphone et de l'automobile en Chine, et leur promet un avenir aussi brillant qu'en Europe. Il ajoute : "quand ils seront à cette phase du progrès industriel, nous pourrons enfin les considérer comme nos égaux". A voir le nombre de téléphones portables et les embouteillages de Pékin et Shanghaï, ce jour est visiblement arrivé!
A part ça, c'est une très belle expo à la Maison européenne de la photographie, dans le Marais: allez-y!