Belle rencontre, ce weekend à Aix en Provence, entre deux Prix Nobel de littérature : le Japonais Kenzaburo Oé, et le Chinois devenu Français Gao Xingjian. Les deux hommes se sont retrouvés dans le cadre des Ecritures croisées, un festival annuel organisé par l'infatigable Annie Terrier à la Cité du livre d'Aix, dont l'écrivain japonais était cette fois l'invité d'honneur. Ce fut une forte rencontre intellectuelle, face à un public nombreux et incroyablement motivé, entre deux auteurs de la même génération, même si Oé a quelques années de plus : deux "exilés", comme l'a dit Gao, l'un bien réel, c'est-à-dire lui-même, installé en France depuis près de vingt ans, l'autre virtuel, exilé dans son propre pays où ses idées ne passent pas... Gao, le seul Chinois détenteur d'un Nobel, toutes catégories confondues, mais rejeté par son pays d'origine, a plaidé pour la liberté individuelle, qu'il place au-dessus de tout. Comme dans son roman Le Journal d'un homme seul (ed. de l'Aube), il ne se présente pas en dissident soutenant une alternative politique, mais comme un libre penseur réclamant tout simplement le droit de penser librement. Ce qui suffit, en Chine, à le rendre subversif.
Kenzaburo Oé, pour sa part, a exprimé son inquiétude devant la situation actuelle en Asie, et en particulier au Japon, où, selon lui, la droite au pouvoir va profiter de la peur suscitée par l'essai nucléaire nord-coréen pour pousser à la révision de la constitution pacifiste de l'après-guerre. Il a créé un comité avec d'autres intellectuels pour s'y opposer, et a appelé à l'échec électoral du Parti libéral-démocrate au pouvoir lors des élections de l'an prochain. Un voeu dont il sait d'avance qu'il risque de rester pieux.
Mais au-delà de la politique, il était réjouissant de voir la complicité intellectuelle de ces deux grands de la littérature asiatique, dont la seule langue commune est ... le Français!