Cinq ans en Chine

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mardi 22 mai 2007

On a déménagé

Chers amis, les commentaires ont été désactivés sur ce blog, qui, comme indiqué précédemment, a déménagé sur rue89. Si vous voulez poursuivre la conversation engagée ici, rendez-vous donc sur Chinatown, le "quartier" chinois de la rue89... Pierre Haski

samedi 5 mai 2007

Si c'est dimanche, c'est Rue89...

A partir de dimanche, c'est là que ça se passe...

Ce blog consacré à la Chine poursuit sa vie sur Rue89...

Un grand merci à Laurent Beccaria et à toute l'équipe des Arènes, d'abord pour le magnifique livre qu'ils m'ont fait, et aussi de nous avoir accueillis et hébergés ces six derniers mois, d'avoir supporté nos débats franco-chinois, nos querelles franco-françaises ou sino-chinoises pendant tout ce temps-là. Le temps, aussi, que l'aventure de Rue89 prenne forme.

A partir de dimanche, donc, rendez-vous sur ce nouveau site d'information : dans cette "rue", vous trouverez un "Chinatown", mais aussi plein d'autres "quartiers"...

A très bientôt et merci à tous (oui, tous!).

P.H.

PS : A ceux qui auraient quelques difficultés de connexion ou surtout d'inscription sur Rue89, il y a quelques bugs que nous sommes en train de corriger. Plus sérieux, les vidéos ne sont pas visibles à partir de la Chine car elles sont hébergées par Daily Motion qui est bloqué en Chine. Nous aurons une solution alternative, mais pas avant juin, je le crains. Patience... A part ça, les commentaires vont bientôt être fermés sur ce blog... Vous pourrez continuer à disaloguer sur Chinatown, la suite de Cinq ans en Chine, sur Rue89...

 

 

mardi 1 mai 2007

Still Life, voyage dans une Chine engloutie

Les amateurs de cinéma chinois en France sont gâtés en ce moment. Après le très beau film de Lou Ye, Une jeunesse chinoise, c'est au tour de Still Life (Sanxia Haoren), de Jia Zhangke, Lion d'or au dernier Festival de Venise, de sortir sur les écrans français ce mercredi.
A travers ce film, le réalisateur de Platform et de Plaisirs inconnus continue son exploration d'une Chine en plein bouleversement. Tourné dans les paysages spectaculaires des Trois Gorges, sur le fleuve Yangtsé, Still Life nous plonge dans le monde si humain, mais si deshumanisé également, des populations déraçinées par la construction du barrage géant. "J'ai eu envie de me rapprocher de ceux qui vivent ces bouleversements et d'exprimer mes émotions par le biais de la fiction", déclarait Jia Zhangke dans une interview au Journal du Dimanche. C'est réussi, une émotion froide, qui vous étreint au travers des parcours de personnages attachants, tristes et nostalgiques. Comme cette femme qui cherche son mari dont elle n'a plus de nouvelles depuis des mois, ou cet homme à la recherche de sa femme et de sa fille partis depuis longtemps vers d'autres horizons.
Ce film ne laisse pas indifférent. Il fait réfléchir sur le prix humain, social, environnemental élevé que paye la Chine pour son développement rapide actuel. Il le fait avec le talent de ce cinéaste de 37 ans, l'un des plus talentueux de sa génération, qui, par touches impressionnistes, nous renvoie une image de la Chine qui vient compléter, pas inverser, celle que nous diffuse la Chine officielle.
Un souvenir m'est remonté à la mémoire en voyant ce film. J'étais allé en reportage dans la vallée des Trois Gorges pour Libération à la veille de la montée des eaux, et j'étais tombé sur une maisonnette isolée au milieu des décombres d'un quartier détruit. Une gamine de 12 ans lavait des chaussettes tandis qu'un couple de vieillards se chauffait à l'intérieur. La fillette avait été abandonnée bébé dans les toilettes du quartier, et reccueillie par le couple généreux. Des années après, il faut fuir avant la montée des eaux, mais la fillette est trop petite pour organiser ça, et les vieux bien trop vieux. Les bulldozers sont passés et ont eu pitié d'eux, mais l'eau montera inexorablement et il leur faudra partir.
J'avais pris des photos de cette "Cosette" des Trois Gorges, histoire emblématique à mes yeux de ce qui se jouait dans ce chantier géant, et les avais montrées à une amie chinoise, iconographe dans un magazine pékinois. Sa réaction m'avait sidérée. Elle s'était demandée pourquoi je m'intéressais à cette histoire de gamine, alors que l'important c'était la construction du barrage, ce qu'il allait apporter à la Chine, l'électricité produite, etc. Jia Zhangke m'a rassuré : il s'intéresse, lui aussi, aux "Cosette" des Trois Gorges, qui l'émeuvent et le bouleversent plus que les kilowatts heure et les taux de croissance du PIB. Qu'il en soit remercié.





L'orpheline de Wanxian, une des villes aujourd'hui englouties des Trois Gorges. Tout autour, les ruines de la ville détruite.

lundi 30 avril 2007

Bientôt!

 

 

vendredi 27 avril 2007

Un non communiste au gouvernement chinois

Intéressant remaniement ministériel, la semaine dernière à Pékin, à la veille des congés du premier mai (oui, le premier mai n'est plus l'occasion de grands défilés populaires mais une raison de plus pour quitter la capitale...). Toute la presse a retenu le changement à la tête de la diplomatie chinoise, qui voit Li Zhaoxing, atteint par la limite d'age, remplacé par Yang Jiechi, l'un de ses vice-ministres. Mais ce remaniement fait monter des quinquagénaires, la génération du président Hu Jintao, mieux formés, connaissant mieux le monde extérieur que leurs prédécesseurs.
Yang Jiechi, le nouveau chef de la diplomatie (concept relatif car il est toujours chapeauté par un "Conseiller d'Etat" hiérarchiquement plus élevé, Tang Jiaxuan), est un fin connaisseur des Etats-Unis, et, dit-on un proche de la famille Bush, du moins de Bush père. De quoi conforter l'idée que la relation numéro un pour la direction chinoise est avec Washington, à la fois en raison de la multiplication des confits commerciaux, mais surtout en raison de son importance stratégique pour les prochaines décennies. Parfait anglophone, diplômé de l'université de Bath, en Grande Bretagne, et de la London School of Economics, temple du libéralisme où il se trouvait pendant que la Révolution culturelle faisait rage dans son pays, Yang Jiechi est bien équipé pour être l'interlocuteur des Américains : il a déjà passé dix ans aux Etats-Unis au cours de trois séjours diplomatiques, dont quatre ans comme ambassadeur de Chine.
L'autre nomination, passée totalement inaperçue en France, est celle de Wan Gang, nouveau ministre de la science et de la technologie, qui a pour caractéristique d'être le premier non-communiste à avoir rang de ministre depuis la purge "anti-droitiers" de 1958! Wan Gang, dont le dernier poste était celui de Président de l'Université de Tongji, à Shanghaï, n'est pas membre du Parti communiste, mais du Parti de l'intérêt public (Zhi Gong Dang), l'un des huit partis dits démocratiques alliés au PCC depuis sa conquête du pouvoir en 1949. La nuance est faible car ces partis n'ont qu'une existence purement symbolique et acceptent dans leurs statuts le rôle dominant du Parti communiste, mais enfin, le symbole est bel et bien là. Le parti auquel il appartient rassemble officiellement "les Chinois d'outre-mer rapatriés et leurs parents, ainsi que des personnalités, des savants et des experts ayant des liens de parenté avec des Chinois d'outre-mer".
Le profil du nouveau ministre de la science et de la technologie est également intéressant par le fait qu'il a fait ses études en Allemagne où il a passé quinze ans, travaillant en particulier pour Audi, le constructeur automobile qui fournit le parc de limousines des cadres du Parti et de l'élite chinoise... Il fait encore partie du Conseil de surveillance du groupe industriel ThyssenKrupp. En d'autres temps, avoir passé autant de temps à l'étranger aurait disqualifié Wan Gang pour un poste ministériel, s'émerveillait samedi le Financial Times, en publiant en illustration une photo de Wan Gang avec ... Jacques Chirac!
Ce remaniement porte assurément la marque de Hu Jintao en terme générationnel et profil plus technocratique. Mais, tout aussi assurément, il ne faut pas en attendre de changement de cap politique. La Chine nous a appris que rajeunissement et modernisation ne sont pas nécessairement synonymes d'ouverture et de libéralisation.

mardi 24 avril 2007

La France honore la censure chinoise

Quelle Tartufferie! La France vient de remettre la Légion d'honneur au chef de la censure chinoise! On a peine à y croire, avant de se dire que, après tout, c'est cohérent...
L'affaire remonte au 3 avril, mais n'avait pas été claironnée trop fort par l'ambassade de France en Chine. C'est le site internet Aujourd'huilachine.com qui a découvert cette décoration insensée remise à Long Xinmin, alors Directeur Général de l'Administration générale de la Presse et de la Publication. La révélation de cette cérémonie a aussitôt provoqué la disparition des photos de la cérémonie et du discours de l'ambassadeur de France du site de la Chancellerie... Hélas, la page reste en mémoire et est encore accessible en cliquant ici. Voilà ce qu'on obtient, désormais, lorsqu'on fait une recherche avec le nom de Long Xinmin sur le site de l'ambassade...
L'ambassadeur de France, Hervé Ladsous, avait eu quelque audace, pendant la cérémonie, en déclarant : "une information plurielle, une information fiable, libre d’accès et libre de circuler sont autant d’objectifs pour une réelle liberté d’expression dans un Etat de droit en construction". Mais cette réafirmation des principes s'accompagnait d'un passage de pommade en règle, avec cette phrase étonnante au paragraphe suivant : "Vous avez su concilier votre passion pour les médias avec une carrière au sein du parti". Long Xinmin est membre suppléant du Comité central du Parti Communiste Chinois.
Commentaire du site Aujourd'huilachine.com à propos de M. Long : "C'est en fait lui qui a la responsabilité de la mise en place de la politique d'information voulue par les autorités. Il n'est certes à ce poste que depuis la fin 2005, mais c'est en droit à lui que les journalistes emprisonnés en Chine, ou que les internautes en délicatesse avec la sécurité d'Etat pourraient s'adresser. Il a fait interdire plusieurs publications, dont le populaire supplément du China Youth Daily". C'est ce qui s'appelle concilier une passion pour les médias avec une carrière au PCC...
Une clé de cette décoration est peut-être contenue dans les remerciements qui lui sont adressés pour avoir permis le lancement du magazine Chine Plus. Chine Plus, c'est le dernier né du groupe Hachette, qui a besoin d'avoir beaucoup de guangxi, de relations au sein des autorités, pour sortir ses nombreuses publications.
Quelle qu'ait été l'arrière pensée de cette cérémonie, elle aura tourné court : Long Xinmin a en effet perdu son poste, soupçonné, selon la presse de Hongkong, d'être impliqué dans un "énorme scandale immobilier à Pékin". D'autres sources hongkongaises attribuent son limogeage à son conservatisme excessif... De quoi donner un petit goût encore plus détestable à cette décoration de la honte.

La Chine vote-t-elle Sarkozy ?

La Chine a-t-elle choisi son camp dans l'élection présidentielle française ? Haina nous fait remarquer dans un commentaire récent que certains médias chinois mettent plus l'accent sur Sarkozy que sur Royal. Les élections semblent en effet intéresser les Chinois, et un ami journaliste me faisait remarquer que les journaux chinois avaient retardé leur bouclage à 3h du matin, dimanche, pour avoir les résultats du premier tour, ce qui peut paraître surprenant.
Le gouvernement chinois a tenté, pendant la campagne, de se montrer d'une stricte neutralité, invitant Ségolène Royal à Pékin juste après son investiture par les socialistes, voyage resté dans toutes les mémoires et qui ne lui a pas trop rapporté de voix dans la communauté française de Chine (elle n'a obtenu que 22,75% des voix à Pékin, moins qu'en France). Nicolas Sarkozy n'a pas pu aller en Chine faute de rencontre garantie avec le président Hu Jintao, mais il a adressé un message aux autorités chinoises par l'intermédiaire de Michel Barnier, l'ancien ministre des Affaires étrangères (qui aimerait sans doute bien le redevenir).
Sur le fond, les dirigeants chinois ont sans doute été échaudés par les prises de position successives de Ségolène Royal sur l'embargo sur les ventes d'armes (pas très différente, toutefois, de celle de Sarkozy et Bayrou), sur les droits de l'hommes, mais surtout sur le Darfour et les pressions à faire avant les JO de Pékin (elle n'avait toutefois pas emboîté le pas à François Bayrou et son appel au boycott). Néanmoins, Sarkozy a été, sur ce terrain, le plus rassurant, le plus fidèle à la ligne Chirac. En règle générale, même si ça peut surprendre, les dirigeants chinois sont plus à l'aise avec des dirigeants occidentaux de droite que de gauche...
Une anecdote assez cocace concernant Sarkozy et la Chine : ministre de l'intérieur, il était venu à Pékin il y a deux ans, alors qu'il était en pleine rivalité avec Chirac. Les Chinois, craignant de se faire manipuler dans les jeux internes français, avaient refusé au dernier moment l'entrée des photographes et caméramen français lors de la recontre Sarkozy-Hu Jintao. Mais ils avaient néanmoins fait immortaliser la poignée de mains par Xinhua. La photo n'avait jamais été diffusée. Parions que si Nicolas Sarkozy est élu le 6 mai, la photo refera surface et sera la preuve d'une "vieille amitié" entre les deux hommes...

dimanche 22 avril 2007

soutien des cinéastes français à Lou Ye

La Société des réalisateurs français (SRF) a pris l'initiative d'organiser une pétition pour demander la levée des sanctions qui ont frappé le cinéaste chinois Lou Ye pour son film Une jeunesse chinoise. Cette pétition, qui peut être signée en ligne ici, sera remise aux autorités chinoise lors du Festival de Cannes, le mois prochain. C'est à cause de la diffusion du film de Lou Ye à Cannes l'an dernier que le cinéaste a reçu une interdiction de tourner pendant cinq ans. Les responsables chinois seront prochainement à Cannes qui accorde une importance de plus en plus grande au cinéma de leur pays. C'est d'ailleurs un film de Wong Kar-wai qui ouvrira le festival. Cette pétition, qui affiche déjà une belle liste de signataires, constitue une initiative modeste mais concrète qui montre que le monde du septième art sait rester solidaire.

vendredi 20 avril 2007

la mort d'un chantre du maoisme

La mort de Maria Antonietta Macchiocchi, lundi dernier à Rome, ne dira pas grand chose à la plupart des lecteurs de ce blog. Elle n'a pas mérité une ligne dans Libération, amnésique. Le Monde lui a toutefois consacré une vraie nécrologie, sans toutefois trop insister sur sa période "chinoise".
Maria Antonietta Macchiocchi, intellectuelle et femme politique italienne, a en effet joué un grand rôle dans l'histoire du mouvement maoïste en France, où elle a vécu une vingtaine d'années. Liée à Philippe Sollers, le très maoïste directeur de la revue Tel Quel, elle publia par son intermédiaire son livre De la Chine (Le Seuil, 1971) qui fit sensation. "Avec le recul du temps, écrit Christophe Bourseiller dans son livre Les Maoïstes, La folle histoire des gardes rouges français (Plon, 1996), De la Chine apparait comme le témoignage incroyablement naïf d'une intellectuelle fascinée par la propagande, qui prête au régime chinois toutes les qualités du paradis socialiste". Devant le refus du PCF de laisser Macchiocchi signer son livre à la fête de l'Huma cette année-là, Philippe Sollers prend sa défense dans Le Monde, avec la fougue qu'on lui connait : "De la Chine représente aujourd'hui non seulement un admirable témoignage sur la Chine révolutionnaire, mais encore une source d'analyses théoriques qu'il serait illusoire de croire refoulées. De la Chine, c'est la puissance et la vérité du "nouveau" lui-même. (...) Le travail de Maria Antonietta Macchiocchi a devant lui toute l'histoire".
C'est elle, encore, qui organisera le voyage "historique" en Chine, en 1974, du groupe de Tel Quel, comprenant Sollers, sa compagne Julia Kristeva, ainsi que Roland Barthes, le seul qui, à son retour, exprimera quelques réserves sur la Révolution culturelle en cours. "A leur retour, ils éprouvent le besoin d'endosser des costumes "mao" et posent donc le pied à Orly dans ctte tenue très symbolique, cautionnant ainsi le régime de Pékin", écrit Bourseiller. Deux ans plus tard, Mao mort et Deng Xiaoping de retour, Sollers et Macchiocchi signent un texte, encore une fois dans Le Monde, prenant la défense de Jiang Qing, la veuve du Grand Timonier, membre de la "bande des Quatre".
Au-delà de ces dérives, qui peuvent sembler bien puériles trente ans plus tard mais qui parraissaient fondamentales dans une époque marquée par la guerre froide, le "révisionnisme" du PCF et le schisme sino-soviétique, ou encore l'influence déterminante de mai 68, Maria Antonietta Macchiocchi a aussi une histoire politique italienne. Ancien député du Parti communiste italien, elle en fut exclue en 1977 pour "gauchisme". Elle fut par la suite député européen au nom du Parti radical de Marco Pannella, et signa de nombreux livres portant la marque de ses divers engagements, notamment féministe. Et Le Monde nous apprend même qu'elle fut "fascinée par le charisme de l'ancien pape Jean Paul II". De Mao à Jean Paul II, un parcours assurément atypique au coeur du XX° siècle.

mercredi 18 avril 2007

journalisme citoyen en Chine

Dans un pays où le journaliste est en liberté surveillée, une génération de "journalistes citoyens" est-elle en train de prendre le relais grâce à l'internet ? Je n'aime pas trop l'expression galvaudée "journalisme citoyen" (peut-on être journaliste et pas citoyen?), mais en Chine, où la presse n'est pas libre, elle prend tout son sens. Deux exemples viennent de nous être donnés, dont le précieux site Global Voices Online, qui donne la parole aux blogs du monde entier, nous rapporte les détails, en bilingue chinois-anglais.
Le premier exemple est une histoire célèbre, celle de la "maison clou" de Chongqing et de cette Mme Wu qui a tenu tête aux promoteurs et aux autorités au nom de la toute nouvelle loi de protection de la propriété privée. Ce qu'on sait moins, c'est que son histoire est devenue une cause célèbre en Chine notamment grâce à Zola Zhou -un nom pareil ne s'invente pas!-, un blogueur pékinois qui a pris le train pour Chongqing après avoir entendu parler de l'affaire de la maison. Il a rencontré le couple rebelle, interrogé les gens du quartier, les habitants de la ville, et mis tout ça en ligne sans se poser d'autre question que son envie de communiquer. L'impact a été immédiat et ses posts (ici en chinois) ont fait le tour de la cyberChine.
La deuxième histoire, moins connue, est celle d'un couple de travailleurs migrants du Henan qui, après dix ans passés à Pékin, s'est suicidé, laissant derrière lui deux enfants adolescents. Li Yuanyuan, une blogueuse de Pékin, émue par cette tragédie, s'est, elle aussi, rendue sur place la semaine dernière pour voir ce que devenaient ces enfants et comment réagissait la communauté villageoise. La jeune femme a raconté sur son blog (hebergé par Sohu.com) son émotion et celle du village, et son post (ici en chinois) a reçu 48 000 visites en une semaine et 1200 commentaires. Là encore, le blog a relayé dans tout le pays l'émotion et le choc d'un coin de Chine, mieux que tout média officiel.
Ce phénomène est nouveau. Les blogs ont quelques années, en Chine aussi, et on en compte plusieurs millions. Mais le fait que des blogueurs se mobilisent sur des questions sociales, et trouvent un vrai public, constitue un phénomène important. Jusqu'ici, ils n'ont pas subi de répression ou même de pression pour les empêcher de parler, et, de fait, ils ne font rien d'illégal au regard de la loi chinoise. Cette prise de parole ne sera pas sans lendemains. Ces dernières semaines, je me suis retrouvé deux fois dans des débats sur l'internet et la Chine, une fois à Genève dans le cadre du Festival des films sur les droits humains, et une fois à Sciences Po Paris, au côté de notre ami Lao Cai. Ce dernier est assez pessimiste, considérant que le pouvoir a utilisé l'internet pour renforcer sa propagande et son emprise. Pour ma part, j'étais plus optimiste sur le fait que, malgré les efforts du pouvoir, cette technologie transformait inexorablement la société chinoise. Une fois qu'on a pris la parole, il est difficile de la rendre...


Zola Zhou

mardi 17 avril 2007

Une jeunesse chinoise d'amour et de sang

Cinéphiles et sinophiles, ne ratez pas la sortie demain sur les écrans français d'Une jeunesse chinoise, le très beau film de Lou Ye, présenté l'an dernier au festival de Cannes. Certes, le fait que le film soit interdit en Chine (on n'y trouve même pas le DVD pirate, parait-il...), que son réalisateur soit interdit de tournage pendant cinq ans et que les autorités chinoises aient tenté de le bloquer dans plusieurs pays, donne un certain piment à cette oeuvre. Mais cela fait longtemps que le souffre de l'interdit ne suffit pas à rendre un film passionnant!
Avant de parler de l'oeuvre, une précision : je joue dans ce film, et ma vision n'en est évidemment plus totalement objective. Pas de panique, un tout petit rôle d'environ un quart de seconde comme figurant dans une scène de bar fréquenté par des "laowai", des étrangers... J'étais encore à Pékin lors du tournage, et les coproducteurs français du film, mes amis de Rosem films, m'avaient mobilisé avec d'autres étrangers pour remplir un bar de Sanlitun...
Voilà donc un film audacieux, sur la forme et sur le fond, qui montre comment une génération d'étudiants chinois a découvert le sexe et la politique dans les années 80, lors du Printemps de Pékin. C'est d'abord un film d'amour, pas un film sur Tiananmen. Les événements politiques ne sont pas le coeur du film : ils en constituent la toîle de fond, l'élément de contexte qui influence de manière déterminante la vie de ces jeunes. Les événements, les vrais : des images d'archives impressionnantes sont intercalées au milieu de la fiction, des plans de la foule qui se massait sur la place Tiananmen, des banderoles et des pancartes appelant à la liberté et à la démocratie, des soldats, des tirs... Un parfum de liberté suivi d'une répression brutale qui ont façonné une génération aujourd'hui adulte et engagée de plein pied dans la société, rendue muette et amnésique.
Ce portrait d'une génération est d'autant plus significatif que cette mémoire-là est aujourd'hui occultée. Je me souviens d'un documentariste chinois qui avait demandé aux passants à Pékin s'ils se souvenaient de ce qui s'était passé le 4 juin. Certains se demandaient s'il n'y avait pas eu une finale de foot, la plupart ne voyaient absolument pas... En dix-sept ans, les "événements" ont été progressivement gommés de la mémoire collective. C'est l'honneur de Lou Ye, à qui on devait déjà le superbe Suzhou River, d'avoir osé traiter ce sujet délicat mais essentiel, au risque, prévisible, de recevoir la réponse brutale de l'Etat en pleine figure. Mais je le répète, c'est d'abord et avant tout un très beau film.


Lou Ye et ses actrices

lundi 16 avril 2007

Les candidats tous d'accord contre la levée de l'embargo chinois

La page de l'ère Chirac se tourne... C'est le cas vis-à-vis de la Chine, si l'on en juge d'après les réponses des trois "présidentiables" -Bayrou, Royal et Sarkozy- à la question du Monde, ce lundi, sur la levée de l'embargo de l'UE sur les ventes d'armes à la Chine. Jacques Chirac en avait fait son cheval de bataille diplomatique pour faire plaisir aux dirigeants chinois, en compagnie du Chancelier allemand Gerhardt Schroeder. Ils se sont plantés, sous le double effet de la résistance de certains pays européens peu disposés à sacrifier une posture morale pour permettre à la France de vendre des armes..., et surtout des pressions des Etats-Unis qui ne voulaient pas voir leurs "alliés" européens équiper une puissance potentiellement ennemie.
La politique de Schroeder a déjà été inversée par Angela Merkel, et celle de Chirac est enterrée par les trois candidats, y compris par Sarkozy. De quoi garantir une bouffée de nostalgie à Pékin lorsque Chirac cèdera sa place à son successeur, et se poser quelques questions sur l'après élections (voir ici l'analyse de l'AFP)... Même si on notera que Bayrou est le plus dur, et que Royal et Sarkozy ménagent nettement les susceptibilités chinoises.

Question du Monde :

Etes-vous favorable à une levée de l'embargo européen sur les ventes d'armes à la Chine ?

François Bayrou : Je ne suis pas favorable à une levée sans contrepartie de l'embargo sur les armes en direction de la Chine. Cet embargo a été décidé à la suite du massacre de Tiananmen, c'est-à-dire au refus de toute libéralisation politique en Chine. Les économies française et chinoise prospèrent ensemble. Les échanges culturels nous enrichissent mutuellement. Qu'il s'agisse du Darfour, de Taïwan, de l'Iran, de la protection de la préservation des minorités et du respect des droits de la personne, nous sommes en droit d'attendre une forte inflexion de la politique chinoise avant d'envisager de normaliser la situation.

Ségolène Royal : La Chine a changé depuis 1989, date des événements de la place Tienanmen et de la décision d'embargo prise par l'Union européenne. Il reste toutefois beaucoup de progrès à faire dans le domaine de la démocratie et du respect des droits de l'homme. En outre, la Chine accroît fortement ses capacités militaires depuis quelques années, ce qui commence à inquiéter les pays de la région. Je pense donc que la levée de l'embargo est prématurée.

Nicolas Sarkozy : La levée de l'embargo est une décision collective, qui doit être prise par l'ensemble des partenaires européens. La Chine est un partenaire de première importance pour la France et l'Europe. Nos relations se sont beaucoup développées au cours des dernières années, et c'est une très bonne chose. Mais l'embargo sur les armes a une signification bien particulière, liée notamment à la situation des droits de l'homme dans ce pays. Dans ce domaine, la Chine peut encore faire des progrès. C'est à l'aune de cette question que nous devons continuer de discuter avec nos partenaires chinois.

samedi 14 avril 2007

Des Chinois à Nogent-sur-Marne

La réputation de Nogent sur Marne est parvenue jusqu'à ... Hangzhou! Un ami nogentais m'a fait suivre une information diffusée par l'Association du Coteau de Nogent (ACN), une association loi de 1901 qui milite notamment pour la préservation du patrimoine de ce magnifique coin des bords de Marne, et qui annonce la venue d'une délégation chinoise. Les responsables de l'association n'en sont pas revenus lorsqu'ils ont reçu un message les informant du désir d'une délégation de fonctionnaires municipaux de Hangzhou de les rencontrer pour parler préservation du patrimoine et développement urbain. "Nous avons d'abord cru à une blague", écrivent-ils! Mais l'info a l'air sérieuse, et Hangzhou (six millions d'habitants), capitale du Zhejiang et ville la plus riche de Chine -ce qu'on ne sait pas trop à l'étranger-, va venir voir la petite Nogent sur Marne (30 000 habitants) pour puiser quelque inspiration. Il faut dire que Nogent sur Marne a fait fort, dans les années 70, en rachetant un Pavillon Baltard lors du démantèlement des Halles de Paris, et en le transplantant au coeur de la commune. Peut-être les fonctionnaires de Hangzhou trouveront-ils à Nogent sur Marne un peu de l'"harmonie" que Hu Jintao veut introduire en Chine ?...

vendredi 13 avril 2007

L'affaire Danone ou les effets boomerang du patriotisme économique

Intéressante, l'affaire Danone en Chine, n'est-ce pas ? Résumé de la situation : le groupe agro-alimentaire français, très présent sur le marche chinois, se trouve en conflit ouvert avec le PDG (et fondateur) de sa filiale eau minérale Wahaha, numéro un du marché chinois, qu'il contrôle à 51%. Danone veut prendre le contrôle total de Wahaha en accusant le dit PDG d'avoir commis des actes pas très réguliers. Contre attaque du PDG, par ailleurs député et onzième fortune de Chine: Danone n'est qu'un impérialiste, la Chine n'est plus à l'heure des prédateurs du XIX° siècle, et d'appeler à la résistance face aux barbares étrangers sur les forum internet...
D'abord une première note ironique : Danone avait été au centre d'une poussée de fièvre de patriotisme économique en France il y a deux ans, à l'occasion d'une rumeur d'OPA de Pepsi Cola sur ce fleuron de l'industrie française. On avait entendu des choses assez comparables dans le ton sinon sur le fond à ce que dit le PDG chinois aujourd'hui... Le patriotisme économique peut avoir des effets boomerang, à user avec précaution...
Deuxième considération, effectivement, le discours patriotique peut cacher de sordides intérêts d'affaire, et, si l'on en croit Danone, Zong Qinghou, le fondateur et PDG de Wahaha aurait créé un certain nombre d'entreprises parallèles à sa joint venture avec le groupe français, en contradiction avec leurs accords. Mis en cause et menacé de prise de contrôle total, ce qui n'a rien d'illégal, il a contre attaqué en plaçant le débat sur le terrain du nationalisme et du méchant prédateur étranger. Je n'ai pas les éléments mais cette version officielle de Danone est plausible.
Troisièmement, qu'est-ce que ça dit sur la Chine actuelle et quelle leçon pour les investisseurs étrangers ? Je me trouvais hier soir à un débat sur la Chine à Paris où un homme d'affaires français me disait que son groupe, lui aussi très implanté depuis longtemps en Chine, rencontrait le même type de difficultés. Après avoir ouvert les bras pendant deux décennies aux capitaux étrangers, la Chine se sent-elle aujourd'hui assez forte pour en fixer les limites et tenir les étrangers à distance ? Il y a des signaux contradictoires : le Français SEB, qui se heurtait depuis neuf mois à une campagne de type nationaliste dans sa tentative de rachat du chinois Supor, fabricant de petit électroménager, vient au même moment de se voir donner le feu vert gouvernemental. Il n'y a donc pas barrage systématique.
Sans doute y a-t-il un peu de tout : des pratiques mafieuses sous couvert idéologique, une Chine qui a aujourd'hui ses "champions nationaux" dans plusieurs secteurs, à l'image de équpementier Telecom Huawei, du fabricant d'ordinateurs Lenovo, ou du fabricant d'électroménager Haier, désormais actifs dans le monde entier, et qui rend la vie plus difficile à leurs concurrents étrangers, et enfin une opinion prête à s'enflammer dès qu'un démagogue allume la flamme nationaliste, antijaponaise un jour, antimultinationales le lendemain. Le problème est que le jeu est largement faussé, et lorsqu'un député du peuple vous accuse d'être un barbare antichinois, vos possibilités de vous faire entendre sont faibles, grave quand le pays en question fait 10% de votre chiffre d'affaires mondial. Mais tout ça, on peut espérer que les sociétés qui ont investi massivement en Chine le savaient déjà...

lundi 9 avril 2007

Faut-il boycotter les Jeux de Pékin ?

Attaquons nous à un gros morceau : le débat sur le boycottage des JO de Pékin... Faute de temps, j'avais laissé passer la déclaration de François Bayrou qui appelait à boycotter ces jeux en raison du soutien de la Chine au Soudan dans la crise du Darfour, et celle moins catégorique de Ségolène Royal. Depuis, le débat s'est poursuivi, avec, en particulier, cet appel d'universitaires dans le Figaro vendredi, intitulé "cinq bonnes raisons de boycotter les Jeux Olympiques de Pékin". Bref, difficile d'éluder plus longtemps cette question dont on peut sans trop de risque pronostiquer qu'elle va rebondir d'ici à l'échéance de l'été 2008.
Pour mettre un peu d'huile sur le feu, cette petite info de fin de semaine, totalement passée inaperçue dans les médias français, mais qui aurait pu intéresser François Bayrou : le chef d'état major de l'armée soudanaise se trouvait la semaine dernière à Pékin où il a reçu l'assurance d'un soutien militaire chinois accru. En pleine controverse sur les massacres au Darfour, c'est assumer le risque d'agiter un chiffon rouge devant ses détracteurs, et c'est surtout ruiner la crédibilité du discours de la neutralité dans ce conflit : quand on est neutre, on ne livre pas d'armes aux belligérants.
Cela dit, je ne soutiens pas, personnellement, l'appel au boycottage des Jeux de Pékin. Non pas que je sois insensible à la question du Darfour, bien au contraire, ou que la question des droits de l'homme en Chine m'indifffère - les lecteurs habituels de ce blog le savent... Mais je pense que le boycottage des JO est l'équivalent politique de l'arme atomique, et doit donc être employé à bon escient. Il me semble en effet que le premier résultat d'un boycottage de ces jeux, sur lesquels le pouvoir chinois a tant investi, serait de doper un sentiment nationaliste antiétranger, sur lequel le parti communiste pourrait allègrement surfer et, paradoxe suprême, renforcer son emprise sur la population. Les populations du Darfour, pas plus que les victimes des droits de l'homme en Chine, ne s'en porteront mieux. D'autant que les raisons avancées par les universitaires pour boycotter les JO de Pékin existaient déjà lorsque la décision a été prise en 2001, et qu'il a fallu attendre six ans pour les exprimer.
Avant d'en arriver à employer cette "bombe atomique", n'y a-t-il pas des moyens plus intelligents d'utiliser ces JO ? A la fois pour obtenir du pouvoir chinois qu'il comprenne les responsabilités qui accompagnent son statut de nouvelle grande puissance, et qu'il laisse émerger une société civile plus libre, desserre l'étau sur les médias, libère ses prisonniers d'opinion. Une campagne extérieure de boycotage qui ne s'appuierait pas sur un courant de sympathie dans l'opinion chinoise donnerait sans doute bonne conscience à ses promoteurs, mais n'aurait aucun impact auprès des premiers concernés, les Chinois, dont l'immense majorité dépend encore des médias officiels pour son information. Est-il impensable de trouver les moyens de s'adresser aux Chinois au-dessus de la tête du pouvoir chinois pour expliquer les enjeux du Darfour et le rôle controversé de la Chine ? Est-il impensable d'obtenir de Pékin que l'assouplissement des règles concernant les journalistes étrangers qui a été décidé par le gouvernement chinois soit également appliqué aux journalistes chinois ? Est-il impensable de demander publiquement la libération des prisonniers politiques et d'opinion pour permettre des Jeux conformes à leur esprit supposé ?
Bref, je trouve qu'il serait plus subtil de faire preuve d'imagination pour que ces Jeux olympiques servent concrètement à faire passer un peu d'air de liberté... Ca me parait personnellement plus malin que de recourir à la solution de facilité du boycottage, une arme de guerre froide qui ne fera que rendre le monde un peu plus divisé, plus dangereux. Qu'en pensez-vous ?


photo prise à Pékin le soir où la capitale chinoise a obtenu les JO, il y a sept ans...